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Hommage officiel de la Mairie à Catarina Segurana

N’oublions pas que, selon la légende, c’est en montrant son beau et gros tafanari de bugadière niçoise qu’elle fit fuir les Turcs; à l’époque alliés des Français et de François I er …

Source : Mairie de Nice

Hommage à la femme qui sauva Nice : Oumage a Catarina Ségurana, erouina nissarda, le 20 novembre 2010.


  • 9h45 : Rassemblement devant l’Eglise Saint Augustin
  • 10h: Messe célébrée en niçoise par le père Angella et chantée en niçois par le groupe « Nissa la Bella »
  • 11h: Hommage devant la stèle
  • 11h20: Verre de l’amitié offert par la ville

Vieux-Nice

Les mythes naissent souvent de l’espoir des êtres humains. Parmi tous ceux que notre riche histoire a suscités, Catherine Ségurane, bien campée dans le XVIème siècle, a survécu à des vicissitudes nombreuses. C’est qu’elle porte en elle plusieurs images : celle de la résistance, celle de la femme-mère protectrice, si vénérée autour du bassin méditerranéen, celle de la Nice populaire, celle du passé savoyard. Il n’est donc rien d’étonnant à ce que son aventure soit toujours célébrée de nos jours, comme une référence à l’identité niçoise. Découvrons donc comment elle la marqua.

Nice, dernier bastion de Savoie

Depuis 1452, les ducs de Savoie subissaient le protectorat des rois de France avec de plus en plus de réticences. Finalement, en 1521, le duc Charles III décida de rompre cette tutelle pesante. Avec éclat, il choisit d’épouser la belle-sœur de Charles-Quint, le rival haï de François 1er. Le mariage avec Béatrix de Portugal eut d’ailleurs lieu à Nice, dans l’église des Dominicains (place du Palais). Dès lors, le roi de France, pourtant propre neveu du duc, rumina sa vengeance. Il put l’assouvir. En février 1536, faisant suite à l’occupation de Milan par Charles-Quint, François 1er envahit la Savoie, puis le Piémont jusqu’à Turin. Avec son trésor, sa femme, son fils et le Saint Suaire, Charles III se réfugia dans sa dernière forteresse, Nice. Pour François 1er, son prochain objectif était fixé : prendre la ville.

Le roi de France, pour mieux combattre ses adversaires, s’était allié avec les Turcs, honnis et craints de toute l’Europe chrétienne. Au printemps 1543, ceux-ci mirent à sa disposition une flotte, qui vint rejoindre à Marseille l’armée formée par le duc d’Enghien. Devant la menace, Charles III pressait son beau-frère de venir défendre Nice et faisait quitter la ville à son fils, le futur duc Emmanuel Philibert. Il était temps. A la fin du mois de juin, les premières forces franco-turques investissent la ville : vingt mille hommes et cent vingt galères, contre trois mille défenseurs.

Nice s’est mise en défense : on a détruit le pont Saint-Antoine, qui venait d’être refait, et les moines de l’observance ont abandonné leur magnifique couvent de la Sainte-Croix, au faubourg de la Buffa, pour se replier dans les murs, emportant leurs précieux trésors, deux oeuvres de Louis Bréa.

Eté 1543, Nice assiégée

Après un long bombardement, un premier assaut général est donné le 2 août 1543 par les assiégeants, infanterie française, artillerie navale turque, janissaires mêlés. Cet assaut est repoussé. Un second se prépare pour le 15 août, au nord de la ville, le mur le plus éprouvé, par les batteries du Mont Boron et Cimiez. Au moment où la muraille du bastion des Cinq côtés (Cinq caire, ou Sincaire, en niçois) va être emportée, l’enseigne turc tombe, son drapeau, celui du Prophète, se retrouve dans les mains des défenseurs et les assaillants se débandent. Il faut un troisième assaut, le 22 août, pour que la ville basse soit prise. Mais il reste le Château, commandé par un noble savovard, André de Monfoft. Et le Château résiste.

En Piémont, Charles III a enfin réussi à réunir une armée de secours, qui marche vers Nice. La conjugaison de cette marche et de la résistance du Château décourage les Franco-Turcs. Le 8 septembre, après avoir pillé la ville et emmené une partie de la population en esclavage, l’armée assiégeante abandonne les lieux et se replie sur Toulon. Aussitôt après, les troupes de Charles III entrent dans la cité et délivrent les courageux défenseurs du Château. Ainsi, Nice, la première, a résisté à ceux qui depuis soixante-dix ans font trembler l’Europe et l’accablent sous leur réputation d’invincibilité. Cet événement, qui a un retentissement considérable, passe immédiatement pour surnaturel.

Marie et Catherine, deux femmes salvatrices

En un premier temps, un tel événement ne peut être attribué qu’à l’intervention divine. L’assaut turc du 15 août et la libération le 8 septembre se sont produits le jour de deux fêtes dédiées à la Vierge Marie. Sans doute Nice doit-elle sa victoire à son intercession. En 1552, la Ville érige donc une chapelle votive sur le site de Sincaire, chapelle qui ne sera détruite que lors de la construction de la place Garibaldi, en 1784. Une statue de la Vierge (aujourd’hui à la chapelle des Pénitents bleus du Saint-Sépulcre) y trône. Ne dit-on pas que, le 15 août, elle apparut aux Niçois, couvrant la ville de son manteau pour y recueillir les boulets ennemis? Et voilà que, quelque cinquante ans plus tard, à la figure sainte s’ajoute, puis se substitue celle d’une Niçoise du peuple, une lavandière, qui aurait porté le coup fatal à l’enseigne turc d’un revers de son battoir. Cette femme, c’est l’historien Honoré Pastorelli qui en parle le premier, et son texte est repris, développé tout au long du XVIIème siècle. Cette femme, c’est Catherine Ségurane.

Ségurane, incarnation symbolique

Le plus étrange est qu’un chroniqueur qui a vécu le siège, Jean Badat, n’évoque pas l’intervention de Catherine. Le personnage, qui peut avoir existé mais dont l’existence n’est pas prouvée, n’apparaît que bien après et revêt très vite tous les caractères du mythe. La Ville fait placer son effigie sur la porte Pairolière, comme pour décourager les agresseurs. Les écrivains lui donnent une épaisseur humaine : elle apparaît comme une sorte de virago, laide (la Dona maufacha, la femme mal faite, dit-on d’elle), forte, courageuse, simple, qui retourne à l’anonymat une fois son acte d’héroïsme accompli. Son nom, Seguran (féminisé, en Segurana comme cela se faisait à lépoque) est un nom qui existe à Nice au XVIème siècle. Il est forgé sur une racine, segà, qui signifie faucher, voire hacher, en niçois, comme, en France, le nom de Jeanne Hachette qui défendit Beauvais contre les Bourguignons. Ainsi, par le nom, par les vertus militaires et civiques qu’elle incarne, parce qu’elle est une femme, comme la Vierge et comme la Ville, Catherine Segurane revêt tous les caractères d’un mythe collectif que l’âge baroque naissant peut, lyriquement, développer.

Catherine, femme triomphante

Cet héritage du XVIIème siècle, grand moment de l’histoire niçoise, offre toutes les raisons de se maintenir. Et de fait, l’inconscient collectif le perpétue à travers les âges. Au temps du romantisme, le personnage de Catherine Ségurane enflamme les imaginations, devient le sujet de poèmes épiques, comme ceux de Louis Andrioli (1808, en italien puis en niçois), de pièces de théâtre comme celle de Jean-Baptiste Toselli (1878, en français). Paul-Émile Barberi(s) en fait un portrait pour orner la galerie des gloires niçoises du palais communal (1827); Jean-Baptiste Biscarra peint « L’apothéose de Catherine Ségurane » sur le rideau de scène de l’Opéra (1827). Agathe-Sophie Sasserno en développe l’héroïsme et les vertus exemplaires dans ses poésies (en français), et Eugène Emanuel fait de Nice lou pais dei Seguran (le pays des Seguran) dans une chanson écrite en langue niçoise pour encourager les soldats niçois face aux Autrichiens en 1848 et qui devient l’hymne niçois.

Plus près de nous, en 1923, le Comité des Traditions niçoises fait ériger, par souscription, le monument de la rue Sincaire, théâtre des exploits supposés de l’héroïne. De nos jours, Raoul Nathiez en a aussi fait l’argument d’une de ses pièces, et la référence parcourt encore toute la création littéraire et musicale contemporaine en langue nicoise. De fait, chaque fois que l’on cherche une incarnation de Nice, de son histoire, des vertus qu’on lui prête, voire de sa culture populaire, Ségurane s’impose, femme symbole de fierté, de résistance, de révolte. Qu’importe en somme qu’elle ait ou non existé pour l’Histoire, l’important reste, aujourd’hui, l’esprit et l’âme qu’elle incarne.

Faula o realità, Catarina, seras toujou lou
sìmbolou dóu courage e l’image de la voulountà
de vinche, quoura lu « tiéu » soun en lou dangié, lou
poudé de magnetisà, d’afoucà lu tihoun en la
mauparàda.
Noun soun li coulou, noun soun li fourma que
pouòdon definì la bèutà…
La Beutà… es lou « plen d’estre ». Es per acò,
Catarina, que lu Nissart an toujou, embarbat en
lou couòr, lou pantai que li as laissat.
Ahì ! lu Nissart, lu Seguran…
le symbole du courage et l’image de la volonté de
vaincre, quand les « tiens » sont en danger,
le pouvoir de magnétiser, d’enflammer les tisons dans
les « mauvaises passes ».
Ni les couleurs, ni les formes peuvent définir
la beauté…
La Beauté… c’est la « plénitude d’être ».
C’est pour cela Catherine, que les Niçois ont
toujours dans le coeur le rêve que tu leur a laissé. Oui
! les Niçois, les Seguran…
Henri Landi

En lou 1923, lou coumitat dei Tradicioun Nissardi, fa erìge, à vesinença dóu luec supousat dei sieu esplet (carrièra Sincaire), un mounumen à la gloria de la legendaria Catarina Segurana.

Aquestou persounage que cuenta tra lu mai chelèbre de Nissa, noun pareisse qu’au coumençamen dóu sècoulou 17, souta la pluma de l’istourien Ounourat Pastorelli. Serà lou premié à dessinà lou poutret de la nouòstra erouìna, sigue 50 an après lu evenimen que li aurìa pilha part.

Catarina Segurana es presentada souta lu trat d’una frema dóu poble, budagièra de coundicioun. L’istoria vóu qu’aurìa per cas, de l’assèdi de Nissa dóu 1543, amassat d’un còu de massòla, un pouòrta-ensigna turc li raubant, en meme temp, la bandièra desenemiga.

Aquestou at de bravoura aurìa permes de desturbà l’aversari e de repoussà l’assaut dei sourdà francés e dei janisseri turc unit, en l’oupourtinità, contra la Maioun de Savoia.

Aquesta frema, noumenaiada la “dona maufacha” es descricha couma laida e regaugnada ma lou sieu caratère aguerrit, simboulisa en l’imaginari coumun, la resitensa d’una vila faça à l’envasour ma finda l’apel de tout en poble, en particulié aquela dei frema que lou cas, en temp de guerra, èra tout vergat.

Embé lou temp, e particulièramen au sècoulou 19, en rasoun de l’interes que li pouòrton lu escrivatour e lu artista nouòstre, lou mite de Catarina Segurana s’aviva. Està encara ancuei una marca e un sourgent d’inspiracioun per la jouva creacioun leterari e musicala nissarda.

Un dubi sussiste quant à la sieu esistença reala, n’en resta pas mens qu’es en fach, en la memoria coumuna dei nissart, que cad’an li rendon òumage, dóu temp d’una celebracioun alegra e poupularia.

En 1923, le Comité des Traditions Niçoises, fait ériger, à proximité du lieu présumé de ses exploits (rue Sincaïre), un monument à la gloire de la légendaire Catherine Segurane.

Ce personnage, qui compte parmi les plus célèbres de Nice, n’apparaît, qu’au début du XVIIème siècle sous la plume de l’historien Honoré Pastorelli. Il sera le premier à tracer le portrait de notre héroïne, soit 50 ans après les évènements auxquels elle aurait participé.

Catherine Ségurane est présentée sous les traits d’une femme du peuple, lavandière de son état. Le mythe prétend, qu’elle aurait, à l’occasion du siège de Nice de 1543, assommé, d’un coup de battoir, un enseigne turc, lui volant, par la même occasion, le drapeau ennemi.

Cet acte de bravoure aurait permis de déstabiliser l’adversaire et de repousser l’assaut des fantassins français et des janissaires turcs unis en la circonstance contre la Maison de Savoie.

Cette femme, surnommée la «dona maufacha» est décrite comme laide et contre- faite mais son tempérament bien trempé symbolise, dans l’imaginaire collectif, à la fois la résistance d’une ville face à l’envahisseur mais aussi la mobilisation de tout un peuple, en particulier celle des femmes dont le sort, en temps de guerre, était tout tracé.

Au cours du temps et tout particulièrement au XIXeme siècle, en raison de l’intérêt que lui porte les écrivains et les artistes locaux, le mythe de Catherine Segurane prend corps. Elle reste encore aujourd’hui une référence et une source d’inspiration pour la jeune création littéraire et musicale niçoise.

Qu’importe qu’elle ait ou non existée, il n’en reste pas moins qu’elle demeure présente dans la mémoire collective des niçois qui, chaque année, lui rendent hommage lors d’une célébration joyeuse et populaire.

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Une réflexion sur “Hommage officiel de la Mairie à Catarina Segurana

  1. Habitant derrière l’église, rue Neuve, je passe souvent devant la stèle où je vois que beaucoup s’arrête pour constater l’exemple féminin du courage local de l’époque. Après cela, on ne peut qu’être également sceptique quant au « rattachement » de la ville à la France en sachant ce que François 1er a voulu lui faire subir…

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