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Rencontre avec Serge Dotti

Théâtre, marionnettes, littérature, spectacles et maintenant cinéma. L’homme du Vieux Nice est un des créateurs nissarts les plus prolifiques du Comté.

L’enfant du Babazouk

Dotti est un enfant du Babazouk. Il y’est né, il y a toujours vécu. Le temps alors y est rythmé par les fêtes collectives. « L’esprit de village a un peu changé même s’il reste très fort. Les fêtes existent toujours mais elles sont moins nombreuses qu’avant et ne rassemblent plus autant toutes les générations. Les gens ont pris plus de distances entre eux. C’est dommage parce que la fête laisse des traces au quotidien. Une fois que tu as fait la fête, tu dis bonjour à tes voisins. Il y a eu une logique d’atomisation du lien social, de séparation parce que le pouvoir n’aime pas la fête. Il préfère le temps linéaire au temps cyclique et la fuite en avant. Mais pour aller vers quoi ? ». Pour Dotti, l’essentiel, les fondamentaux résident dans la culture. « C’est grâce à elle que les êtres humains peuvent résister, en créant des petits ilots de dialogues. Créer des lieux, c’est créer des liens ».

L’exil forcé

L’heure du lycée étant venue, Serge passe le Paillon pour rejoindre le lycée Masséna. Une rive droite qu’il ne connait pratiquement pas : « ça a été ma première découverte avec le rapport de force et le pouvoir. J’ai compris que j’étais en ville ! ». Après les classes prépa, Dotti qui étudie le français, le grec et le latin passe le Capes et devient professeur de littérature. Il part pour Bourg en Bresse puis Saint Etienne. « Après deux ans, j’ai dit basta ! Je n’avais pas choisi cet exil, alors j’ai quitté l’éducation nationale et je suis revenu à Nice ». Nous sommes au début des années 80 et après s’être essayé à l’édition, Serge Dotti se tourne alors vers le théâtre, il écrit une première pièce en nissart. « C’est comme ça que j’ai réappris la langue. Quand j’étais enfant, les grands parlaient nissart pour ne pas qu’on comprenne ».

« L’Empire contre attaque »

La rencontre avec les marionnettes se fait naturellement : « Je ne trouvais pas de comédiens alors je les ai fabriqués ! ». Il collabore avec Alain Pelhon sur une adaptation nissarda des « Nuées » d’Aristophane. « Où comment un paysan cherche à apprendre la philosophie pour échapper à ses créanciers ». La pièce est un succès, elle est jouée 60 fois en une année. C’est le début de l’aventure. Après avoir animé les castelets de la villa Thiole et du Castel des deux Rois pendant quelques années, c’est le départ pour Marseille. Il y restera cinq ans : « j’étais à la friche de la Belle de Mai où j’ai suivi des formations de marionnettiste. Il y avait du public, des financements… bref des conditions normales qu’on aurait dû avoir à Nice. Normal que Marseille devienne capitale européenne de la culture : rien qu’en matière de spectacle vivant, il y a un investissement sur 30 ans ! ».

L’occupation des casernes des Diables Bleus précipite son retour à Nissa. La chute des Diables quelques années plus tard annonce l’éclatement de cette galaxie. « C’était « L’Empire contre attaque » ! Tout le monde s’est dispersé mais d’un côté cela a permis à chacun d’accumuler des forces chacun dans son coin ».

La nouvelle vague

« Aujourd’hui le renouveau est impressionnant ! Que ce soit dans la musique, le théâtre, la langue… A un moment, on s’est posé la question de savoir qu’est-ce qui était le plus important entre la langue et la culture. J’étais partisan de la culture étant certain que la langue suivrait. Aujourd’hui, c’est ce qui se passe ! Les jeunes sont à la recherche de leurs racines. Certes il y a la culture française, mais ici elle ne s’adapte pas totalement à notre quotidien. La culture niçoise couvre tous les domaines. On a voulu la folkoriser, mais ça n’a pas marché. C’est une culture forte, vivante, festive qui ne s’est pas momifiée. Aujourd’hui, les bases sont posées, donc ça repousse vite. Le temps cyclique manque à tous. Il y a eu une période où le temps et devenu de l’argent et désormais les gens en ont marre. Ils veulent retrouver ce temps festif. C’est intéressant de voir comment dans cet îlot qu’est le Comté, les gens ont réussi à inventer des manières de se rencontrer, de se parler et de rire ensemble. Le tout est ancré dans notre histoire et dans notre culture ».

« Trop local » pour le Festival de Cannes

Un renouveau culturel qu’on retrouve également dans le cinéma. Serge est le personnage principal de « La Machina » le film de Thierry Paladino. « Le film a été refusé à Cannes parce que trop local ! ». Deux semaines plus tard, il est récompensé entre 200 films par le Prix du public, avec une mention spéciale du jury au festival Planet… à Varsovie. « Ce film décrit la vraie culture niçoise, pas celle de la carte postale, ils ont dû le prendre pour un film de paysans !!! ».

Contes du Babazouk

Il y a quelques semaines, Serge Dotti a publié aux éditions Bénévent, « Les Contes du Babazouk ». Le premier volume (bilingue) est inspiré de ses souvenirs dans la vieille ville. Trois autres sortiront prochainement, que vous trouverez dans toutes les bonnes librairies niçoises.

 

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