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Rescouòntra embé Gérémi Marçais

Théâtre, Mourra, Pilou ? Il est avant tout un des quatre professeurs des écoles bilingue français-nissart dans l’Académie de Nice. A 25 ans Gérémi évolue sur tous les fronts de la nissartitude.

L’indigène

C’est à Nice Nord que Gérémi grandit. « Quand mon arrière grand-père a acheté c’était encore la campagne, mes grandes tantes venaient y passer le week end. Une expédition  ! D’ailleurs plus bas, à Gorbella, mes arrières grands parents possédaient une laiterie et des vaches où enfant mon grand père travaillait ». Issu du Vieux Nice, le nissart est la langue naturelle de la famille, transmise par ses grands parents. « Mais à l’école et au collège j’étais presque le seul indigène ! Il y avait certes beaucoup de Niçois, certains de très vieilles familles mais ils ne s’intéressaient pas vraiment à leur culture ». Nous sommes à la fin des années 90, l’OGC Nice stagne en ligue 2, la culture, l’identité du Comté sont dans le creux.

Le déclic

« C’est en entrant en seconde que j’ai eu le déclic. L’option existait mais il n’y avait pas de prof titulaire, il fallait même se battre pour en connaître les horaires ». A force de mobilisation voire de harcèlement un professeur est nommé. Une véritable option est créée. « En seconde j’étais le seul, en terminale nous étions 30 ! ». Du militantisme ? « Militant oui, mais pas politique. On voulait qu’ils nous laissent apprendre notre langue, qu’ils nous donnent les moyens prévus par la loi ! » Le prof accepte même de faire une troisième heure gratuite pour ne pas que l’option ferme. Depuis, elle s’est pérennisée et rencontre un succès croissant.

Pourquoi le bilinguisme ?

Son Bac S en poche, l’idée de devenir enseignant de nissart germe. Malgré un Bac +3 d’histoire et d’occitan, impossible de devenir professeur : les postes de Capes sont gelés. Il décide de s’orienter vers l’archéologie et entreprend un projet dans le Vieux Nice. C’est alors que Steve Betti, (aujourd’hui conseiller auprès du recteur pour les langues régionales) le contacte et lui propose un poste contractuel de remplaçant à Mougins. «  C’est en enseignant dans ce collège que j’ai compris que c’était ma vocation ». Les tous premiers postes de professeur des écoles bilingues s’ouvrent. Gérémi passe le concours et le réussit. « Il y a trois façons en France d’enseigner les langues régionales  : en immersion totale par l’intermédiaire d’associations privées (Calendreta, Diwan etc .), par l’enseignement catholique privé ou dans le cadre des écoles bilingues de l’Education nationale ».

D’ailleurs l’Etat n’autorise le bilinguise à l’école que pour les langues régionales. « Les professeurs des écoles bilingues sont recrutés selon les mêmes modalités que leurs homologues, s’ajoutent un écrit et un oral dans la langue régionale ». L’enseignement se fait alors à parité horaire. Ces écoles existent aujourd’hui dans toutes les régions de France… Toutes ? Sauf dans le Comté !! Une école bilingue provençale, qui compte quatre classes existe chez nos voisins varois à Cuers… un village qui se trouve dans l’Académie de Nice ! En Corse, toutes les maternelles devraient passer en enseignement bilingue à la rentrée prochaine. Si un projet d’ouverture d’une classe bilingue à Nice pour septembre 2011 existe, il se heurte pour le moment à l’administration académique… malgré le soutien affiché des politiques de tous bords. « La transmission familiale baisse c’est pourquoi il faut mettre les enfants en immersion dès le plus jeune âge.

Le bilinguisme est une vraie chance, il ouvre l’esprit, développe la phonologie et permet de prendre très jeune conscience que d’autres langues, donc d’autres mondes existent. La langue locale permet d’appréhender au mieux l’environnement dans lequel on évolue, sa culture, son histoire. Etre bilingue aujourd’hui est forcément un avantage. Apprendre le nissart permet en plus un fonds de vocabulaire, une syntaxe et une base culturelle latine qui facilite grandement l’apprentissage de l’italien ou de l’espagnol ». Le nissart a toujours fonctionné comme outil d’intégration à la ville : il est le vecteur d’une identité commune ouverte à toutes les origines. Et comme le chante Nux Vomica : « J’ai pas une culture j’en ai au moins deux ! ».

Renaissença

Le renouveau est là depuis 10 ans. Ce qui était presque une honte est devenue une fierté. « C’est un mouvement mondial mais dans les années 70 on voulait couper les ponts avec le passé. Aujourd’hui on se rend peut être compte que tout n’est peut être pas à jeter ». Pendant longtemps, beaucoup pensaient que nos particularismes ne servaient à rien, qu’ils étaient dépassés, réacs, voire pire. « Or quand on voit la production culturelle on se rend compte que c’est tout sauf un « repli » ! L’idée c’est de former des futurs journalistes, des chefs d’entreprises, qui aient conscience de toutes les richesses de notre Comté. Que ce ne soit pas seulement les professeurs et les artistes qui soient les vecteurs de notre culture. C’est la responsabilité de chacun ! ».

Noun baston la grava e lou soulèu ?

En l’espace de quelques dizaines d’année, le Comté a été démographiquement dilué. «  Peu d’endroits en Europe ont subi des mouvements de population aussi importants. En très peu de temps nous avons accueilli des populations complètement diverses. Mais par exemple beaucoup d’arméniens sont devenus nissardophones ». Et les touristes aloura ? « Si nous n’avions pas nos spécificités, si on ne se bat que sur le terrain du soleil et des strass, on ne peut que perdre. Il y aura toujours un endroit moins cher en Méditerranée. Nos villes et nos villages sont chargés d’histoire dans un endroit charnière de l’Europe. Nos influences sont latines, ligures, sardes piémontaises, françaises… Nous avons une langue, une culture, une cuisine, une architecture…

Les touristes ne viennent pas à Nice que pour la plage. Qui est d’ailleurs très facile à concurrencer ! ». Comédien au théâtre niçois Francis Gag, redoutable joueur de mourra, Gérémi collabore également au site www.lacountea.com. Un blog d’actualité sur le Comté de Nice, mis à jour quotidiennement qui totalise en 3 mois d’existence plus de 18 000 connections.

 


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2 réflexions sur “Rescouòntra embé Gérémi Marçais

  1. Un bouòn proufessour, atour, jugaire de mourra, de pilou … E en mai de tout’aco es propi un bouòn jugaire de jourgina !
    Es un baudou en or. E un ver amic per iéu.

    Viva Nissa! Viva lou Gé!

    (et en plus de tout ça c’est vraiment un bon joueur d’accordéon)

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