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Rencontre avec Mauris Sgaravizzi

Inscrit dans la filiation des troubadours, Mauris est un des pionniers du renouveau culturel de la langue occitane, du nissart. Son premier album sorti à la fin des années 70, et les suivants, ont inspiré bon nombre de ceux qui continuent de créer aujourd’hui.

Enfant de la Madeleine

Place Garibaldi, premier soleil de printemps. Mauris nous fait l’honneur de descendre de sa campagne de Saint-Jeannet. A 68 ans, l’homme n’est pas un vétéran : la passion, l’envie de créer sont intactes. Fils d’immigrés italiens, le chanteur grandit à la Madeleine. Sa mère est vannière, les paniers sont destinés au marché aux fleurs ; son père staffeur participe aux moulures du Palais de la Méditerranée. « Suite à un accident de travail il ne peut continuer ce métier, il a appris l’horlogerie sur le tas, puis il s’est mis à la bijouterie ». Mauris travaille avec son père et continuera la bijouterie jusqu’en 2006, toujours à la Madeleine.

Li cau parlar frances !

« Mes parents, mes oncles et tantes parlaient niçois entre eux. Pourtant de la cour d’école au catéchisme c’était interdit. Résultat, ils ne nous ont pas transmis la langue : le niçois était mal vu. C’était la langue de la rue, pas celle de la réussite. Je me souviens de mon père disant à ma mère « li cau parlar frances ! » (Il faut lui parler français !) ».

A l’époque beaucoup de Niçois sont d’ailleurs trilingue voire quadrilingue. Il est courant de passer du nissart au français en passant par l’italien et souvent à l’italien régional (piémontais, toscan, ligure etc.).

Les trois troubadours

A 14 ans Mauris découvre la guitare et commence la musique. « J’ai été bercé par Brassens mais j’écoutais beaucoup les chants contestataires américains, Dylan par exemple ». Le jeune homme aime le blues, le talking blues. « Il existe d’ailleurs une sorte de « blues » occitan pluri-centenaire, on l’appelle « lo planh » (complainte) : la tradition de révolte propre aux troubadours ». C’est à son retour de la guerre d’Algérie que se produit le déclic. « Je suis allé au Festival off d’Avignon et j’ai découvert Claude Marti. Il avait une manière un peu folk de chanter en occitan en s’accompagnant de sa guitare ». Jusque là, Mauris ne s’était pas vraiment intéressé à la langue. Nous sommes à la fin des années 64, dès son retour à Nice il se rend à une réunion intitulée « Demain l’Occitanie ».

Là, il y rencontre ceux qui allaient devenir ses compères. Alan Pelhon et Jean Luc Sauvaïgo, poète musicien. « Ca commençait à bouger dans les autres régions occitanes, nous nous inscrivions dans une culture, certes contestataire, mais avant tout ouverte vers le monde et les autres ». C’est la prise de conscience commune de la langue. « J’avais le nissart dans l’oreille mais ma langue maternelle c’était le français. C’est à ce moment que j’ai compris que l’occitan pouvait porter un message, que c’était une langue riche d’un héritage multiple, qu’elle était tout sauf passéiste. Ce n’est pas un patois ! Pendant des siècles, l’occitan été la langue des troubadours et de ces poètes qui circulaient de villages en villages jusqu’à la cour des Rois ».

Un pionnier, un précurseur

Mauris et ses deux amis deviennent les troubadours de la modernité. « Alain m’a dit, tu joues de la guitare alors tu vas chanter ! ». Pelhon et Sauvaïgo écrivent les textes, Mauris les chantent, ils se rôdent. « On a commencé par faire des petits concerts. Si la langue s’exprimait dans la musique, quand Alan disait ses poèmes elle était aussi parlée ». Le petit public qui se presse alors autour d’eux observe la mutation d’une langue passée du pavé à la culture. Transcender son rôle convivial, son expression traditionnelle pour porter poésie et messages forts, contemporains. Elle devient musique. Les chansons parlent déjà de la fermeture éventuelle de la ligne du train des pignes, de l’expropriation des paysans de la plaine du Var, du massacre à la bétonneuse subi par Lo Païs. « 35 ans plus tard, ces messages sont toujours d’actualité » lance le chanteur dans un sourire malicieux. Dix ans de concerts plus tard, c’est le premier album « Viure Drech ».

Un opus qui fera date et influencera une nouvelle génération de chanteurs et d’auteurs (à l’exemple du Mago d’en Castèu) qui à leur tour prendront conscience que cette langue peut être un vecteur de création. « Mais déjà, ça ne plaisait pas à tout le monde, aucune couverture presse et encore moins de passages à la radio ! ». Deux albums suivent jusqu’à la fin des années 80. Arrive le quasi désert culturel des années 90 mais un nouvel album sorti en 1999 préfigure le renouveau.

Pourfendeur « des particularismes fermés »

La langue devient politique mais « il ne s’agissait pas de la réduire à un quelconque drapeau ! D’ailleurs, Nice ne se réduit pas à son Comté. Il s’est passé bien des choses avant ». Mauris collabore avec des groupes de musique arabo-andalouse, judéo-espagnole. Il chante la Méditerranée, dénonce le bétonnage aveugle, le centralisme et les nationalismes. Le grand pourfendeur des particularismes fermés, l’homme qui chantait il y a 30 ans « Niça Rebèla » a vu le titre de la chanson récupérée par… un groupuscule d’extrême droite. « A l’époque, Nice était le lieu où tous les bateaux qui transitaient en Méditerranée venaient s’approvisionner en eau douce ». Nissa, ceux qui défendent sa richesse, sa tradition d’ouverture, ceux qui toujours plus nombreux la chantent, en parlent et la transmettent doivent beaucoup à une certaine source aux trois affluents : Sgaravizzi, Pelhon et Sauvaigo.

Une souscription libre est en cours pour la réédition CD des trois albums de Mauris. Vous pouvez y participer en demandant un bulletin de participation à : daquidaia@gmail.com


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