Cultura / Culture

Rencontre avec Ben

 

Un nouveau local

Bienvenue dans « L’espace à débattre ». Après la célèbre boutique de la rue Tonduti de l’Escarène, point de rencontre de ce qui allait devenir « l’Ecole de Nice », voici le tout nouveau local que Ben vient d’ouvrir à Nice, rue Vernier, à deux pas du pont Malausséna. « Je suis pour combattre la culture de l’art contemporain à Nice qui est devenu trop élitiste », lance t-il d’emblée. Il est vrai que deux écoles cohabitent chez nous depuis pas mal d’années. Deux cultures artistiques : une issue de la Villa Arson, l’autre des quartiers populaires de Saint Roch. Cet espace inauguré avec succès il y a deux semaines réunit deux concepts. Conjuguer un lieu destiné à l’exposition de l’art contemporain, « l’Espace à vendre » à un « Espace à débattre ». C’est là, dans cet endroit qui sent encore la peinture fraiche, que Ben nous reçoit.

Suisse-Levantin-Niçois

Sa mère est née Giraud, une vieille famille originaire d’Antibes partie pour l’Orient à la fin du XVIIIe. Ben vit ses premières années en Turquie. Une enfance levantine dont il conserve l’accent. Son père est Suisse ; sa mère finit par le suivre au bord du Léman mais comprend très vite que le lac ne pourra lui suffire. Elle est « méditerranéenne avant tout ». Retour donc au Sud, au bleu : arrivée à Cagnes sur Mer, Ben a 15 ans. « Je suis arrivé à Nice en 1949, j’ai d’abord été au lycée du Parc Impérial d’où je me suis fait renvoyé. Ensuite ce fut Stanislas d’où j’ai été viré également. Mais juste avant, bien qu’athée, je me souviens avoir obtenu le premier prix d’instruction religieuse après avoir rédigé une dissertation de 18 pages sur « Dieu est-il amour ? » ». Depuis l’artiste est resté fidèle à sa ville d’adoption et a laissé les sirènes dans la Baie des Anges. « Même si je m’y suis toujours rendu régulièrement je n’ai jamais voulu vivre à New York et encore moins à Paris. Je n’ai jamais pu m’habituer aux grandes villes ».

Défenseur des cultures minoritaires

Quand on s’intéresse à son travail, on est marqué par le nombre de tableaux écrits en nissart, e n occitan. Certains d’entre eux portent un message politique fort, souvent anti-jacobin. « Ethniciste », comme il se définit, Ben a commencé à parler des cultures minoritaires il y a longtemps. A une époque où peu s’y intéressaient, les artistes encore moins. « Il y a encore quinze ans, les gens qui parlaient niçois par exemple, se taisaient ; aujourd’hui la question de l’identité fait partie des premières préoccupations en Europe et dans le monde. On ne peut plus éluder la question du revers de la main comme ça a été les cas ces dernières décennies. Quand j’ai commencé à en parler, on me traitait d’archaïque, de rétrograde quand ce n’était pas pire. Tout ça est en train de changer. Le sujet est là, mais beaucoup ont peur que cela devienne une problématique qui prenne le dessus sur le « vivre ensemble ». Or le plus important, c’est de défendre une identité positive, qui ne se construise pas contre l’autre ».

Tropisme Occitan

De la part d’un artiste contemporain, connu et diffusé à grande échelle, ce message peut paraître surprenant. De la provocation ? Plutôt une longue histoire. « Cet intérêt pour les cultures minoritaires m’est venu dès 1956, lorsque j’ai rencontré François Fontan (fondateur du Parti nationaliste Occitan), avec qui il m’arrivait souvent de discuter jusqu’à tard dans la nuit, sur la Prom’, d’art, de culture et de politique. Si je n’ai jamais pris de carte dans un quelconque parti, à l’époque, j’étais plutôt communiste, tendance universaliste ; pas foncièrement anti-jacobin. J’avais d’ailleurs à l’époque beaucoup d’admiration pour Jules Ferry. Puis, je me suis rendu compte qu’il avait détruit les langues minoritaires et avait donc contribuer à tuer la diversité dans ce pays. Toutes les cultures sont importantes ! Les coutumes, les langues, les cultures, minoritaires ou non, sont autant d’approches différentes du monde. Par exemple, les esquimaux ont 20 mots de vocabulaires pour désigner la neige ».

Cu perde la lenga perde son païs

« Dans le milieu de l’art contemporain, il faut soit aller à New York ou à Paris pour devenir quelqu’un. Mais un artiste kurde, c’est parce que d’une manière, il porte sa vision du monde que son travail va être intéressant !

Malheureusement, l’art contemporain est aujourd’hui un club de 5 ou 6 ethnies dominantes ». Voit-il une évolution depuis qu’il a commencé à s’intéresser au sujet ? « Le pouvoir central n’aura bientôt plus le choix, il ne doit pas louper le train du retour des identités. Le vivre ensemble passe par le respect de la culture de l’autre. L’exemple de la Suisse est intéressant. Le pays a toujours été très ouvert sur ces questions. Par exemple un contrôleur de train va changer de langue de la gare de départ à l’arrivée ». Et les Niçois ? « Les nissarts sont « vrais » même s’ils ont une inquiétude de la survie. Je les trouve d’ailleurs conciliants avec leur culture, ils ont fait beaucoup de concessions envers les autres tout en sachant préserver leur identité ». Vous souhaiter continuer la conversation ? Aloura rendez-vous rue Vernier où toutes sortes de débats vont être prochainement organisés. « Il y aura d’ailleurs tout un rayon de livres en nissart et en occitan ». Una rasoun de maï !

 

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