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Rescontra embé Jean Luc Sauvaigo

Photo: Valéry Gaillard

 Musicien, peintre, poète, écrivain … L’homme est aussi prolifique qu’il cultive la rareté de l’indien.

Artiste insaisissable

Une fin de matinée ensoleillée, un chat, deux chaises et du café. Les digressions sont nombreuses, riches. Riches comme ce que Sauvaigo produit ; jonglant de la musique à la bande dessinée, de la peinture à la poésie, la littérature… Un esprit vif et acéré, des flèches qui touchent avec une portée régulière le cœur sans ricocher. Originaire du Port, son père cheminot meurt alors qu’il a six ans. Sa mère coiffeuse (à domicile) élève ses trois enfants. Elle réussira à faire construire une petite maison adossée à une colline quelque part en ville.

Il y vit aujourd’hui. Le genre de lieux secrets, qui continuent d’exister à Nice, que l’on ne peut soupçonner derrières les immeubles. Autant d’ilots verts de résistance, ancrés au milieu du bitume. Difficile de dresser un portrait de Sauvaigo. De tenter de décrire, de le définir au lecteur profane. Depuis 30, presque 40 ans, l’œuvre est gigantesque et ses apparitions publiques plus rares qu’un bout de littoral sans béton.

Régionaliste révolutionnaire

Son frère, proche du FLN, milite très tôt, pendant la guerre d’Algérie. Chez l’adolescent, la prise de conscience politique vient en 1968, à gauche. « Ce n’était pas seulement contre De Gaulle, mais aussi contre un parti communiste, central et dirigé par Marchais ». Entre temps des dizaines de milliers de rapatriés arrivent dans une ville peuplée par alors 60 000 personnes. Ils préfigurent le bouleversement démographique, urbanistique que va connaître la ville. « Nice est la dernière acquisition coloniale de l’Etat français, le referendum prévu 100 ans après 1860 a été annulé pour cause de guerre d’Algérie. Des pans entiers de son histoire, sa langue, sa culture se sont vues menacés ».

A l’époque les régionalismes n’existent pas en France. Au nationalisme occitan de Fontan, Sauvaigo préfère la pensée de Robert Lafont, le créateur d’un occitanisme moderne et ouvert. « Dans un contexte mondial de luttes pour les minorités opprimées, je suis devenu régionaliste révolutionnaire. Vers 1968, cet élan se développait en parallèle du mouvement pour la libération des femmes et des homosexuels ». La création culturelle bouillonne : l’art, le surréalisme, le cinéma, la musique, la société tentent de se redéfinir. « Aujourd’hui, l’identité est trop liée à un mouvement défensif ; je souhaite m’en affranchir. Je refuse de m’inscrire dans ces illusions nationalo-culturelles ».

Contradiction prolifique

« Elles me constituent ». Sauvaigo admet ses contradictions, il les assume. Au tout début des années 70, il rencontre Mauris et Alan Pelhon, avant de quitter Nice quelques années pour Aix Marseille. Il revient et fonde la « Ratapinhata ». Le journal entièrement en nissart est un grand succès populaire. Les numéros s’écoulent jusqu’à 6 000 exemplaires, certains sont envoyés jusqu’aux Etats Unis et au Japon. L’aventure dure de 1976 à 1979. On y trouve de la BD, des textes à la marge du discours dominant, à un moment donné où la ville amorce une mutation vers la carte postale qui semble alors irréversible. Un dessein partagé par tous, ou presque. C’est l’air du temps. Si beaucoup sont éblouis par le Deauville, le Miami qu’on leur promet, d’autres refusent ce qu’on veut leur imposer. Des thèmes marginaux à l’époque, qui trouvent toujours plus d’écho aujourd’hui.

« Je suis plus en colère que malheureux »

Le nissart devenu marginal à l’accouchement de la Côte d’Azur, s’affiche aujourd’hui sur les tramways qui circulent en ville. Assez pour que le Garibaldien se montre pessimiste. « On ne recommence pas une histoire, c’est la preuve que le nissart devient une langue morte ». L’homme se dit pourtant incapable d’écrire en français. « Je suis plus colérique que malheureux ». Un mesclun de méfiance et de condescendance ; le Comté s’est retrouvé au milieu. « La France a toujours été en opposition avec l’Italie. Pourtant, cette culture nous l’avons partagé des siècles. Nice est une cité italique avec une langue occitane. Pour le remercier, ils ont vendu le pays de Garibaldi ; depuis on veut appeler cet endroit « Côte d’Azur ». C’est l’appellation que les idéologues du tourisme nous ont choisit ».

Faulas de Nissa

Sur cette « Patrie dérisoire » Sauvaigo vient de sortir un nouveau livre : « Faulas de Nissa ». L’ouvrage écrit en nissart (graphie classique), d’une plume incandescente, nous promène à travers les âges, les réflexions, les anecdotes dans ce Nice multiple. On y croise des peintres, Nietzche devisant en niçois, Maïcon, et Joan Luc Sauvaigo. Lo pantaï. « Smohalla qui était un chef indien disait « nos jeunes ne travailleront jamais. Les hommes qui travaillent ne peuvent pas pantaïer » ». Il ne portera pas de message. « Je suis un très mauvais pédagogue, je suis un égoïste. Je fais des choses pour ne pas les garder sur le ventre. J’ai besoin d’écrire, le seul désir que j’ai, c’est de rester dans la création ». Un ouvrage indispensable pour qui aime sonder l’âme de la Countea.

 

« Faulas de Nissa » disponible bientôt à la Librairie La Source, rue Bonaparte à Nice.

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5 réflexions sur “Rescontra embé Jean Luc Sauvaigo

  1. bonjour à jean luc de laurence la fille d’odette et merci à vous car depuis un an que je visite tout ce qui traite du comté et de notre patrimoine je n’entend jamais parler de sauvaigo….ce qui est pour moi hallucinant ayant été élevée avec la ratapinhata nuova,monjoia é bachas etc…..

  2. signature du nouveau livre de Jan luc Sauvaigo
    -FAULAS DE NISSA- a la librairie La Source – 5 Rue Bonaparte
    06300 Nice
    04 93 55 07 28

    Le Samedi 21 mai 2011 a 16h

    e fai vira !

  3. Pingback: Hommage à Mauris | CHRONIQUES CATHARES

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