Non classé

Rescontra embé Jean Luc Gag

Chaque jeudi, retrouvez « Nissa & Countea » dans le Petit Niçois

Avec un patronyme bien connu des niçois, Jean-Luc Gag continue en compagnie de son père et d’une belle équipe de 35 bénévoles, d’animer avec succès, 75 ans après sa création, le théâtre nissart de Francis Gag.

L’illustre Francis Gag.

Son grand-père, Francis Gag a été l’auteur le plus prolifique de théâtre en langue nissarda au cours du XXe siècle. Fils d’immigrés ligures et piémontais, il naît à Nice en 1900. « Le nissart y était la langue naturelle, bien qu’interdite à l’école. Un vecteur d’intégration ». En raison de problèmes pulmonaires, Francis Gag quitte la teinturerie créée par son père pour se consacrer corps et âme au théâtre nissart. Il fait preuve d’une énergie et d’un dynamisme considérables.

Aujourd’hui encore, beaucoup de ses pièces sont considérées comme des chefs-d’œuvre, à l’exemple du « Vin dei Padre ». Infatigable, il écrit, joue et crée près de 60 ans. D’abord pour Radio France puis pour RMC, il incarnera des années durant Tanta Vitourina, dont le souvenir familier reste encore si vivace. Enfant, Jean-Luc est évidemment immergé dans cette atmosphère. Son grand-père le fera monter sur les planches dès l’âge de 8 ans. « Depuis que je suis enfant je pratique naturellement le nissart et le français, encore aujourd’hui dans ma vie quotidienne ».

De la banque au Capes en passant par le théâtre

S’il joue toute son adolescence aux côtés de son grand-père et de son père, il n’envisage pas pour autant de faire de l’activité familiale son métier. Après une Sup. de Co., Jean Luc entreprend une carrière dans la banque qui durera dix ans. Un jour, c’est le virage. « J’en ai eu une « fourre » ! La banque dans laquelle je travaillais a été rachetée et j’ai décidé de changer de vie ». Il réussit le Capes et devient professeur de nissart (et de français, puisque l’Education nationale demande une seconde discipline d’enseignement à ses professeurs de langue régionale). En poste à Antibes, il mène de front un travail d’auteur : depuis 2001, il a signé 6 pièces.

« Entre mon métier de professeur et l’activité théâtrale, j’ai trouvé un équilibre, un plaisir constructif et valorisant. Je suis heureux de contribuer à rendre une certaine dignité à ce qu’avaient fait nos anciens, qui n’a pas toujours été reconnu ». Depuis 10 ans, l’évolution est certaine : « Nous sommes considérés comme des professeurs à part entière, plus comme des marginaux. Nous avons des textes de référence, une grammaire reconnue. La langue ne se parle plus discrètement comme c’était le cas il y a encore 10 ou 15 ans. Si beaucoup d’élèves sont nés ici, ce n’est pas forcément le cas de leurs parents. Mais ces derniers souhaitent transmettre ce patrimoine à leurs enfants, afin qu’ils connaissent l’endroit où ils vivent ».

Peut-être aussi pour leur donner des racines, dans un monde qui aimerait tant les effacer. En l’espace de 10 ans, c’est plutôt les petits sourires de condescendance à l’écoute du niçois qui tendent à disparaître. Signe que finalement, les temps changent. « C’est évidemment une bonne nouvelle, la mauvaise c’est que les contraintes budgétaires que connaît l’Education nationale rendent difficile l’enseignement là où c’est demandé ».

Les braises de la création, le feu des origines

Quant au théâtre, il rencontre un succès croissant. « Il y a une évolution très positive du public. Aujourd’hui, nous sommes à 4 000 spectateurs par an. Des spectacles écrits et joués en nissart se donnent à guichet fermé, c’est extraordinaire ! ». L’augmentation de la fréquentation va de paire avec le rajeunissement du public. « On est passé de 70 ans en moyenne à environ 45 ans. Aujourd’hui ce sont quatre générations qui se côtoient dans la salle : les anciens qui parlent la langue naturellement et des jeunes qui la découvrent. Je vois aussi avec bonheur une nouvelle génération entre 20 et 30 ans, active et dynamique.C’est symptomatique de ce regain d’intérêt ».

La preuve s’il en fallait, « que Nice ne se résume ni au Pan Bagnat, ni à la pissaladière ». Le théâtre compte aujourd’hui 20 pièces au répertoire. Une d’entre elles s’est même exportée récemment en Russie ! Avec une création annuelle, le théâtre fait preuve d’un dynamisme détonnant. « Nous alternons les créations avec les « classiques ». Le feu de la création entretient les braises des origines ». Fait remarquable, le théâtre vient de signer une convention avec l’Académie de Nice. « C’est la première fois que l’Inspection signe un partenariat avec une structure associative. Des centaines de scolaires vont donc pouvoir venir assister à nos représentations ! ».

Les racines favorisent la vision périphérique

Il y a quelques années, les pièces de Francis Gag se jouaient dans l’enceinte du TNN. « Ce serait un geste fort d’y avoir au moins une représentation annuelle. Cela indiquerait que le théâtre « dialectal » a sa place au sein du Théâtre National ». En attendant son retour légitime, Jean-Luc se félicite des soutiens qu’il reçoit. « Il y a un soutien de la part de la ville et du Conseil général. Cela montre des efforts dans la reconnaissance de notre passé et de notre identité, qui n’est pas un gros mot !

Ce n’est pas parce qu’on se revendique nissart qu’on se sclérose. Je pense d’ailleurs avoir l’esprit très ouvert. En tout cas, ce qui m’intéresse ne se limite pas aux confins du Comté. Nous sommes de plus en plus nombreux à nous rendre compte que l’uniformisation n’est pas inéluctable. Les lignes bougent enfin ! Avoir les pieds ancrés permet d’ouvrir les yeux sur un monde qui bouge, tout simplement parce que les racines favorisent la vision périphérique ».

Les représentations de la nouvelle comédie « Chicoulata e virtù »
auront lieu du 20 au 29 mai.

Réservations nécessaires sur http://www.theatreniçoisdefrancisgag.fr

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s