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Rescontre embé Patrice Arnaudo

Rescontra embé Patrice ArnaudoChroniqueur sur France Bleu Azur, animateur sur Fréquence K … Patrice Arnaudo est aussi le seul professeur de l’Académie à se consacrer 100% à l’enseignement du nissart au lycée.De l’autre côté du VarFils, petit fils de pêcheur, Patrice Arnaudo est un enfant du Cros-de-Cagnes. Une enclave nissarda outre Var, où travaillent la plupart des derniers pêcheurs professionnels des Alpes-Maritimes. « Je suis provençal pour les nissart, et nissart pour les provençaux ! Le Cros, c’est un havre de tranquillité au bord de mer qui résiste encore. Un village qui se découvre aux initiés, un peu comme Nice d’ailleurs. La colonisation immobilière n’a pas totalement réussi ! ». Avec une famille originaire d’Italie, des deux côtés, c’est bien le nissart qu’on parle à la maison. « Je ne me suis jamais rendu compte que nous étions d’origine immigrée, j’étais Niçois donc « un vrai français ». La langue a créé des racines qui pourtant n’existaient pas. Si ma famille n’a jamais particulièrement défendu la langue, elle n’en a jamais eu honte ; comme elle n’avait pas honte d’appartenir à la classe ouvrière. Il n’y avait pas de réflexion politique. C’est quand une culture s’échappe qu’apparaissent les revendications ».Une histoire de déclics

Etudiant en sociologie, il découvre à 20 ans et en concert, la musique de Massilia Sound System et de Nux Vomica.

« J’ai pris conscience que ce n’était pas seulement la langue des joueurs de boule et du pastis que l’on voulait caricaturer. Au contraire, elle pouvait être un vecteur de messages collectifs et individuels, surtout au milieu de ces années 90, l’apogée de la pensée unique. Ces groupes chantent : « prends toi en main et soit acteur, pas spectateur de ta vie ». Ils illustrent la pensée de Félix Castan. « Chaque individu est un centre du monde et tous nos quartiers sont des capitales ». Cette langue, ce n’est pas seulement les polyphonies ou le fifre. Il faut la proposer aux jeunes, et les médias ont une responsabilité. Toute la jeunesse ne se satisfait pas forcément de la téléréalité et de Fun Radio ».

Un étudiant breton, Erwan, le pousse à s’intéresser davantage à la langue. « Il a joué un rôle prépondérant dans le fait que je passe le Capes, il ne me parlait qu’en niçois. Il m’a fait comprendre que je pouvais ambitionner d’enseigner. Pour moi, le niçois appartenait jusqu’alors à la sphère privée, c’était la langue de l’intime et de l’amitié. D’ailleurs il n’est pas rare que les anciens répondent en français quand des jeunes s’adressent à eux en niçois ». Patrice réussit son Capes d’occitan et d’histoire géographie. A l’époque, il y avait 14 postes pour 33 départements. Aujourd’hui 4, et encore, ils ont échappé de peu à la suppression la semaine dernière… En 2003, pour raison budgétaire, ce sont 80% des postes de Capes en langues régionales qui ont été supprimés.

« Quand on parle de reconnaissance constitutionnelle etc., il faut voir les chiffres ! Aujourd’hui, pour l’occitan, c’est 1 poste par département tous les 10 ans ! Pourtant la société change, les gens ont de moins en moins un regard méprisant mais l’Etat ne suit pas ». Aujourd’hui, Arnaudo est le seul à enseigner à 100% le nissart, dans une académie où 6 lycées sur 7 proposent des cours, où 400 élèves passent l’épreuve au bac chaque année, où 1500 l’étudient dans le secondaire. « Comme dans la France entière, les effectifs ont été multipliés par 4 en 10 ans. Quand il y a de l’offre, il y a toujours de la demande ! ». Il faut souligner que les enseignants sont le plus souvent des passionnés qui ne comptent pas leurs heures supplémentaires. Les classes portent des projets et dans le cadre d’échanges européens, les élèves voyagent : Sardaigne, Corse, Turin…

« Malgré le frein de l’Education nationale, l’évolution est globalement positive, mais il nous faut une politique de l’offre. Pourquoi ne pas organiser un grand sondage à l’échelle de l’académie pour évaluer la demande ? ». Dans les classes, toutes les origines ethniques sont représentées : « d’ailleurs les nouveaux arrivants ont un regard plutôt neutre, ils n’ont pas de préjugés ».

Lou nissart à la radio

Patrice est aussi l’animateur de Raggapéro sur Fréquence K, le must de la nissartitude sur la bande FM. Depuis 2002, il est également à l’antenne de France Bleu Azur avec une chronique bilingue quotidienne, « Istòria d’Aquì » diffusée à 7 h 25 et 8 h 50 dans la matinale de la station. Potentiellement, ce sont près de 50 000 auditeurs susceptibles d’entendre le nissart chaque matin. « Je ne veux pas m’adresser aux spécialistes. Le but est de vulgariser, de mettre la langue à la portée de tous. En plus d’une langue, le Comté c’est surtout une histoire extrêmement originale ».

« Il professionnalise des branches »

« C’est plutôt positif de se faire « évincer » par une génération de 25-30 ans ! En ville ce sont souvent des jeunes qui enseignent le nissart à des personnes de 40 ans ou plus. Si on pouvait suivre l’exemple du pays de Galles, où il y a plus de locuteurs de 20 ans que de 40 ans… Plus personne ne veut vivre à « Nulle part sur Mer ». En 150 ans, on voudrait que nous soyons des « ploucs » transformés en « Brice de Nice ». Ce n’est pas la réalité ». Ces quelques oasis dans le désert ne suffisent plus. Avec 1,3 % d’élèves toutes classes confondues, la route semble encore longue avant de rattraper la Corse, où 90 % des élèves apprennent la langue rien qu’en primaire. « Désormais, il faut se battre pour professionnaliser les filières, parce que demain les débouchés seront nombreux : du tourisme culturel en passant par les médias ».

 

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3 réflexions sur “Rescontre embé Patrice Arnaudo

  1. entiere d accord et pourtant je suis dans le grand nord (boulot ) mais des que je peux
    je reviens a NICE voir la famille (viva NICE et COUNTEA) qui nous rappeles notre patrie (suis du boulevard risso

  2. Ai veramen de bouòni remembrança mé Patrice quoura eri au licéu.
    Ahura, se ai l’envuei e se pouòdi empara lou nissart a l’escola es perqué ai augut Patrice au Parc Imperial. Per iéu, es éu lou « best » proufessour.
    Viva Patrice Arnaudo lou miéu proufessour per toujou!

  3. Pingback: Garderen lou pissala’ sus la pissaladiera‏ | La Countea : le blog du Comté de Nice

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