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Rescòntre embé Cristòu Daurore

Rescòntre embé Cristòu DauroreOn le croise souvent en ville, micro à la main pour la radio « Nissa Pantai », avec un drapeau niçois, un autre occitan ou son Garibaldi en carton pâte. Très actif, le président de la « República Federala Occitana » se voue entièrement à la langue et à la culture de Nissa.Un exil fondateur

Celui qui s’appelait Christophe Duchesne est né à Nice il y a une trentaine d’années. A 12 ans, sa mère est mutée en Bourgogne et l’amène avec lui. « Ma passion pour Nice vient de ce moment. Ce fut une chance de prendre du recul et de voir la ville autrement. J’ai alors compris que nous avions une langue, une culture et une histoire différentes ; méconnues d’ailleurs de beaucoup de Niçois. Ce n’était pas seulement un accent particulier que mes camarades de classe me faisaient remarquer ».

A 15 ans, c’est décidé. Fini le climat humide et sinistre, il fait le choix de revenir vivre à Nice, chez sa grand-mère. Une seconde naissance pour l’homme qui traduit alors son nom en Cristòu Daurore. « De retour, au port dans la petite maison de ma grand-mère, je lui ai demandé de ne plus me parler qu’en nissart, c’est comme ça que j’ai pu apprendre la langue ». Avec les nissardophones, Cristòu s’exprime depuis exclusivement en niçois. Parents divorcés, fils unique, Cristòu entretient une relation très forte avec cette grand-mère qui parlait naturellement nissart avec les maraîchers lorsqu’il était enfant. « Avant Auxerre, j’en avais une conscience éloignée, mais l’exil m’a fait comprendre qu’il fallait revenir à Nice pour ne plus en repartir. Pour beaucoup de mes amis, ça a été le contraire, nombre sont partis, la plupart du temps pour trouver du travail ». Se pose alors la question de vivre sa passion. Animateur social à l’Eglise du Port pendant 6 ans, il passe en parallèle une Licence d’Oc à l’Université de Nice qui lui permet de donner des cours de nissart au lycée Saint Joseph.

Il enseigne ensuite à la Calandreta de Drap où les enfants sont en immersion totale dans la langue. « C’est une sorte de « sacerdoce » ! J’ai très tôt décidé de me vouer au nissart et à la transmission de sa culture. Ma grand-mère n’était d’ailleurs pas très favorable au fait que je devienne professeur de nissart. Pour elle, c’était une langue vulgaire. A l’époque, dans les années 90, faire ce choix était d’ailleurs marginal et un peu irrationnel même si j’étais loin d’être le seul ». Son attachement viscéral à la ville le pousse à vouloir « la mettre en valeur, notamment auprès de tous ceux qui en ont une mauvaise image. Beaucoup de jeunes quittent Nice, mais lorsqu’on voit la difficulté de se loger ou de trouver un emploi digne, on peut malheureusement les comprendre ».

150 ans et un bilan catastrophique pour la langue et la culture de Nissa

Pour autant, Daurore voit plus loin que les frontières historiques du Comté, il place Nice dans l’ensemble culturel occitan. « Il existe une intercompréhension entre tous les parlers d’Oc. L’occitan, c’est 3 millions de locuteurs, de l’Espagne à l’Italie en passant par Monaco et la France. D’ailleurs il existe même un dictionnaire occitan-japonais ! ». Devenu également enseignant au lycée Sasserno, Cristòu multiplie les initiatives comme les visites guidées du Vieux Nice en nissart. « C’est important d’offrir une autre vision aux gens de passages ou ceux d’ici, que celle de la carte postale vendue par l’office du tourisme. D’ailleurs l’image péjorative du Niçois a changé en l’espace de quelques années. Une certaine fierté est revenue. Du stade du Rai, où avant chaque match les supporters chantent « Nissa la Bella » aux commerces qui portent de plus en plus de noms nissarts, mais aussi grâce aux associations comme « Nissart Per Tougiou » qui font le plein avec leurs cours de nissart ».

Il enseigne également aux Cedac de Cimiez et de l’Ariane, au CCÒc País Nissart e Alpenc, à Coaraze, mais initie également les jeunes nouveaux arrivants à l’Ariane au Centre d’accueil de demandeurs d’asile ATE. « Il y a beaucoup de réfugiés d’Irak, du Kosovo ou bien de Tchétchénie à qui j’apprends des rudiments de nissart. Nombre d’entre eux ont subi des répressions linguistiques et comprennent bien les enjeux. Jusqu’à la Première guerre mondiale, la quasi-totalité des familles ne s’exprimaient qu’en nissart, aujourd’hui de moins en moins le pratique en famille. La République française porte une lourde responsabilité, les langues dites « régionales » ont été interdites à l’école jusqu’en 1951 ! En matière de langue et de culture, le bilan après 150 ans de France à Nice est une catastrophe ! Quand on dit que « Nice a choisit la France » en 1860, il s’agit là d’un travestissement de l’histoire auquel je n’ai pas voulu collaborer l’année dernière ». Comme énormément de Niçois, il préfère honorer la mémoire de Garibaldi qui en son temps s’était farouchement opposé (du moins verbalement) à l’annexion de son comté natal.

L’Oc sur les ondes : « Radio Nissa Pantai »

S’il a collaboré au Petit Niçois à la fin des années 90, à la « Beluga » ou au « Babazouk », c’est au théâtre qu’il aime consacrer du temps. La pièce qu’il interprète avec René Anfosso dit « la Science » ; « Li Rementas Nucleari » de Bernard Vaton tourne d’ailleurs régulièrement en ville … Prémonitoire, bien avant Fukushima. Il participe également au Carneval independent de Sant Ròc dans les années 90. « Une ambiance participative extraordinaire. Je faisais des chars avec mes élèves, puis quand j’ai pris la relève en 2006 à la suite de Nux Vomica et des Diables Bleus, je me suis rendu compte de la difficulté d’organiser un tel événement ». Finalement, une ultime édition à cause de graves débordements dont beaucoup le tienne encore pour responsable. Au contraire, les championnats du monde de « lancer du Palhasso » se portent bien. Une occasion pour les enfants de tous les quartiers de s’initier à la culture niçoise, pour d’autres un bon moyen de s’intégrer.

Daurore, c’est aussi « Ràdio Nissa Pantai ». Une web radio exclusivement en Oc nissart et gavot, dont l’écriture du logo a été offerte par Ben. « Les moyens sont rudimentaires puisque j’émets depuis ma cuisine à Pasteur ! Mais la radio compte plusieurs milliers d’auditeurs dont certains au Japon, en Afrique ou en Amérique. Elle est d’ailleurs diffusée 24/24. Un projet de refonte est en cours ». Un succès qui rend Cristòu optimiste malgré le fait que « la Calandreta ait arrété son école en nissart en octobre, ça fait mal au coeur ». Politiquement, le président de la « República Federala Occitana », imagine comme beaucoup, des ponts à construire avec le Piémont, la Ligurie et la Savoie. « Des régions qui nous sont proches historiquement, culturellement et linguistiquement ». Il ne reste plus qu’à les construire au dessus des divergences.

 

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