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Oùmage à Mauris de l’autre coustà d’Oucitanìa.

Aven reçauput ancuei un propi béu article de Jean-Claude Peyrolle que rende oùmage à  Mauris, Pelhon, Goyeneche, Sauvaigo… tout en parlant de Nissa e d’Oucitanìa d’ier e d’ancuéi.

Da liège!

Hommage à Mauris

Début des années 1970 dans un centre équestre à Villeneuve-Loubet non loin de Nice.

C’est la tombée de la nuit et l’on tourne un film publicitaire censé se passer au Far West. Le metteur en scène, britannique, dirige les prises de vue en anglais tandis que l’équipe technique, qui vient du studio de La Victorine à Nice où elle a participé à La Nuit américaine de François Truffaut (1973), parle en niçois. Pas un mot ne va être échangé en français dans toute la soirée.

L’anecdote est exemplaire : Nice (340 000 habitants en 1975) est alors la seule grande cité d’Occitanie où l’on peut entendre parler occitan dans les cafés ou sur les places publiques.

Mauris

L’un de ces quartiers populaires est celui de la Madeleine, à l’ouest de ville, où un jeune horloger-bijoutier, Mauris Sgaravizzi (1942-2011), tient une petite boutique avec son père, ancien ouvrier staffeur, qui, à la suite d’un accident du travail a du se reconvertir. Il a appris son nouveau métier à son fils.

Alan Pelhon à la MJC Gorbella

Ce dernier a un copain,  Alan Pelhon (1946-1994), instituteur, conteur, poète et acteur. Il a été élevé par sa grand-mère maternelle à Coaraze, dans la haute vallée du Paillon. Elle lui a appris le nissart. C’est dans ce dialecte occitan qu’il rédige des poèmes brefs mais percutants : « Ensucat per la raissa del mots /Me’n vau coma un fòl
/Bramar ai esparviers que siáu viu
/Que non mi fan pas paur… » (« Assommé par le déferlement des mots
/Je m’en vais comme un fou
/Hurler aux éperviers que je suis vivant
/Qu’ils ne m’effraient pas… »).

Mauris, de son côté, chante en français depuis 1967 en s’accompagnant à la guitare. En 1971, il met en musique les textes occitans d’un autre poète niçois, Joan-Luc Sauvaigo, né en 1950. La rencontre avec Alan Pelhon bouleverse la vie de Mauris : dès l’année suivante, les deux amis, devenus inséparables, enchaînent concerts sur concerts.

Alan Pelhon et Mauris en concert

Je les rencontre à l’occasion de l’une de ces soirées à la MJC Gambetta. Quelques semaines après, nous nous retrouvons au premier étage d’un corps de bâtiment qui longe la mer, tout au bout de la Promenade des Anglais et au-dessus du Cours Saleya. C’est dans l’une de ces cours intérieures que le Centre Culturel Occitan, CCO, Pais Nissart a ouvert ses portes.

Le local est des plus modestes – on y accède par un escalier extérieur – mais c’est un lieu où règne une très grande créativité. Comme l’avait annoncé le chanteur américain Bob Dylan : « The Times They Are a-Changin » (1964). « Où que vous soyez, accourez braves gens ! / L’eau commence à monter, soyez plus clairvoyants/ Il est temps maintenant d’apprendre à nager / Car le monde et les temps changent ».

Les ponchettes, cours Saleya à Nice

Nous tenons le même discours dans notre petite patrie, le Pais nissart, où nous luttons aux côtés des paysans niçois de la Plaine du Var que le Maire de l’époque, Jacques Médecin, veut exproprier afin de bétonner un peu plus la Côte d’Azur. Nous créons notre  journal, La Beluga (l’Etincelle). Nous soutenons celui des paysans provençaux du Haut Var, La Bugada (La Lessive), qui combattent les empiètements des militaires de Canjuers : à chacun de leurs fréquents exercices d’artillerie, le département voisin est coupé en deux.

Bob Dylan et Joan Baez lors

 de la Marche sur Washington le 28 août 1963

Nous sommes portés par le bouillonnement de la jeunesse. Rien ne nous semble impossible y compris de défier dans ses œuvres vives ce Léviathan tentaculaire qu’est devenu l’Etat jacobin. Cet élan et cette confiance ne nous ont jamais plus quitté : « La joenessa es pas un periòde de la via, aquò’s un estat d’esprit, un efèt de la volontat, una qualitat de l’imaginacion, una entensitat emotiva, una victòria dau coratge sus la timiditat, dau gost de l’aventura sus l’amor dau confòrt.
Devènen pas vielh per àuger viscut mantunas annadas : devènen vielh perque an desertat son ideau. Las annadas fronçan la pèth ; renonciar a son ideau froncís l’amna. Las preocupacions, los dobtes, las crentas e los desespers son los enemics que, tot tuishau, nos hèsen baishar de caps a la tèrra e devèner possièra avant la mort » (traduction en gascon du texte du poète américain Samuel Ullman, 1840-1924, Youth : « La jeunesse n’est pas une période de la vie, elle est un état d’esprit, un effet de la volonté, une qualité de l’imagination, une intensité émotive, une victoire du courage sur la timidité, du goût de l’aventure sur l’amour du confort. On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d’années ; on devient vieux parce qu’on a déserté son idéal. Les années rident la peau, renoncer à son idéal ride l’âme. Les préoccupations, les doutes, les craintes et les désespoirs sont les ennemis qui, lentement, nous font pencher vers la terre et devenir poussière avant la mort»)

Blason du CCO Païs Niçart

La créativité de l’un des membres du Centre Culturel Occitan Pais Nissart, Bruno Goyenèche, va s’avérer précieuse. En 1972, ce jeune architecte formé à l’Ecole des Beaux arts de Nice revient du Larzac : il est allé rendre hommage à Lanza del Vasto qui vient de terminer une grève de la faim pour protester contre le projet d’extension du camp militaire. Or, le premier occitaniste que Bruno a rencontré en arrivant sur ce plateau des Grandes Causses, c’est le poète Roland Pécout… Dès son retour à Nice, Bruno adhère au CCO cours Saleya…

Il persuade François Cotto, un vieux copain de son père du temps de l’Ecole primaire de la place Saint Maurice et qui a créé une maison d’édition musicale niçoise, Emco, de publier le premier disque de Mauris : « Ai frei ». Ce n’est qu’un modeste 45 tours mais d’autres vont suivre.

Première de couverture de Canti per tu

De même, en 1972, Bruno arrive à convaincre le Chanoine Isaia, curé de l’église de Gairaut, d’imprimer le premier recueil de poèmes d’Alan Pelhon, « Canti per tu ». On fait tourner dans les locaux du presbytère une machine qui n’avait servi jusque là qu’à imprimer des bulletins paroissiaux. Trois ans après, paraît un autre ensemble de poèmes, « Jorns sensa testa », mais sur les presses de la Coopérative Célestin Freinet de Cannes cette fois.

Comme on le voit, nous ratissons large et notre mouvement n’est pas sectaire. Tout au contraire, un autre d’entre nous,  Joan-Peire Belmond, originaire de Sospel dans l’arrière pays, va même réussir, quelques années plus tard, à unifier les félibres et les occitanistes que d’obscures querelles de graphie avaient jusque là opposés.

La seguida sus chroniques cathares

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Une réflexion sur “Oùmage à Mauris de l’autre coustà d’Oucitanìa.

  1. C’est bien. J’ai appris beaucoup de choses auprès desquelles je suis passé sans le savoir, étant dans d’autres centres d’intérêt dans ces années-là. J’espère que le flambeau se transmet aux jeunes, car ce sont eux qui feront notre avenir ou la fin de cette belle culture.

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