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La musica nissarda!

Polyphonies, musique traditionnelle, ragga, folk etc. : la musique niçoise montre une vitalité étonnante. Profitons-en cette semaine, pour nous pencher sur le patrimoine musical du Comté, d’hier à aujourd’hui.

La langue des troubadours

Dans les Alpes méridionales, il existe une longue tradition de polyphonies. Cette musique vocale rythme la vie quotidienne, des berceuses aux noces en passant par les fiançailles, les mariages, les décès. Les chansons d’amours, celles qui racontent le travail, les légendes, les traditions agrémentent les veillées de tout temps. L’occitan dont est issu le nissart, est la langue des troubadours. Pendant toute la période médiévale, la langue atteint son apogée. Les troubadours inventent l’amour courtois et répandent l’idée novatrice de fidélité à la dame plutôt qu’au seigneur. Les valeurs du fin’amor, de la cortezia et de la conviviença se propagent dans toute l’Europe. Un des plus grands et des plus connus d’entre eux, Raimon Feraud, est d’ailleurs né à Ilonse dans le haut pays niçois.

Fifres et tambours !

Revenons à musique traditionnelle, celle qui se greffera sur les polyphonies prend véritablement son essor à la fin du XVIIIe siècle. Vous avez sûrement déjà dû croiser de joyeuses bandes de musiciens dans les ruelles des villages des vallées du Comté de Nice ? Des groupes composés de joueurs d’une mystérieuse flûte traversière au son aigu, d’autres jouent du tambour, instrument plus connu, enfin un dernier suit avec une grosse caisse au son percutant ? Florian Benvenuti, le jeune leader du groupe traditionnel Li Falabracs nous éclaire. « Cette flûte au son qui perce les oreilles est un fifre, instrument de la grande armée Napoléonienne. Les Niçois se le sont réapproprié, ils sont passés de la musique militaire des conscrits aux musiques festives et entrainantes du Sud. En Nissart, il se nomme « siblet » (sifflet). Le tambour est un tambour d’Empire, il accompagne le fifre, en Nissart il est surnommé « Bachas ».

La grosse caisse ou « timbale » est d‘introduction plus récente, elle marque le rythme de la musique. Ces groupes de musique traditionnelle voyagent de villages en villages pour animer diverses fêtes patronales, repas, fêtes de la châtaigne etc. Ils font partie intégrante du folklore niçois, perpétuent les traditions et mettent en avant la particularité de la mentalité niçoise. Leur terrain de prédilection est le haut pays avec les vallées du Var, de la Tinée, de la Vésubie, de la Roya. Aujourd’hui des groupes de fifres et tambours sillonnent les vallées pour « bouléguer », enflammer les rues des villages et transmettre leur bonne humeur et leur énergie débordante ». Vous retrouverez Li Falabracs ce week end à St. Etienne de Tinée et à la Bolline, et bientôt à Clans et Utelle.

De la jourgina au ragga en passant par le folk

En plus d’animer les fêtes traditionnelles, le trio fifre-tambour-grosse caisse accompagne également la tradition religieuse des processions mais aussi l’entrée et la sortie des messes. L’accordéon, inventé à Vienne en 1829 va bientôt rejoindre le Comté de Nice : la jourgina (accordéon diatonique) fait sa grande entrée dans la musique niçoise. Il rejoint fifres et tambours mais aussi vielle à roue, mandolines et chants polyphoniques. Après la seconde guerre mondiale, les mutations que connaît la société entrainent un affaiblissement des traditions, mais c’était sans compter sur sa renaissance récente. Aujourd’hui « Nissa la Bella », l’hymne niçois écrit par Ménica Rondelly en 1912 s’entend de nouveau à la fin des repas de famille et jusqu’au stade du Ray, où chanté par des milliers de supporters, il annonce l’entrée des joueurs sur le terrain. A partir des années 60, apparaît une génération de pionniers, citons Zéphirin Castellon de Belvédère qui viendra considérablement enrichir le répertoire de musique traditionnelle. Mauris, quant à lui, s’inspire de la musique contestataire américaine pour créer en nissart des albums qui feront date. A ses côtés puis en solo, Jean Luc Sauvaïgo donne au Comté des disques remarquables et malheureusement trop peu diffusés.

Une seconde renaissance s’amorce dans les années 90 grâce à Nux Vomica, qui s’inspire des rythmes ragga pour enflammer Saint Roch puis tout le Comté. Aujourd’hui, Louis Pastorelli est parallèlement devenu « Gigi de Nissa », son album est sorti l’année dernière. N’hésitez pas à le retrouver cet été pour le « Gigi Tour ». Du côté des polyphonies « Lu Banes » perpétuent la tradition vocale. Le Corrou de Berra dirigé par Michel Bianco décide d’ouvrir le répertoire traditionnel et s’exporte aujourd’hui dans toute l’Europe. Dans les années 80 et 90, des chansonniers comme Dédé Trucchi ou Grinda apportent leurs pierres à l’édifice. A la fin des années 90, inspiré par Mauris, Lo Mago d’en Castèu remet au goût du jour le folk niçois. « A l’ora dau brous », leur dernier album vient d’ailleurs tout juste de sortir.

Une vitalité étonnante

La musique niçoise est aujourd’hui extrêmement dynamique et résolument tournée vers la création à l’exemple de Patrick Vaillant, le maître incontesté de la mandoline. La relève, quant à elle, est assurée par une nouvelle génération en piste depuis quelques années.

Les Rauba Capèu, le groupe des frères Casagrande accompagné de Xavier Borriglione enflamment tous les balèti du Comté. Mais la liste est longue : de Paure Nautre, à AOC Castagniers en passant par Li Falabracs, la création nissarda montre une vitalité étonnante et ne s’est jamais aussi bien portée. L’exemple vient du Piémont, les groupes occitans comme « Lou Dalfin » pour « Lou Seriol » compte régulièrement plusieurs milliers de personnes lors de leurs concerts. Malheureusement cette création est trop peu diffusée notamment sur les radios locales à l’exception notable de Fréquence K. Il manque peut-être une sorte de « déclic ». Pendant deux années « Festin d’Aqui », a réuni des milliers de personnes à Levens autour d’un festival de musique niçoise « actuelle ». Maintenant que tous les ingrédients sont désormais réunis, à quand un grand festival de musique nissarda et occitane à Nice ?

 

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2 réflexions sur “La musica nissarda!

  1. Pingback: Fête et Tradition dans le Haut Mercantour | Soyons Sport

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