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Fêter en famille le Noël traditionnel nissart !

Tradicioun : Fêter le Noël Niçois … Calèna a Nissa

Avec la frénésie que l’on sait, la société de consommation s’est emparée de ce jour sacré, qui se fête dans le Comté depuis le VII ème siècle.  Si ce n’est pas déjà le cas,  profitez de cette année pour apprendre à  fêter en famille le Noël traditionnel.

Foule massive et agitée dans les centres commerciaux,  achats, publicités partout et jouets par milliers … C’est aujourd’hui le rythme de Noël. Une fête que vous fêterez sans doute parmi les vôtres.
Si vous êtes l’hôte de vos proches, surprenez les en fêtant ce jour selon les traditions séculaires de la Countea.
Rassurez vous, il n’est pas question de priver vos enfants du père Noël, mais plutôt de leur offrir un réveillon fait de petits gestes et qui les marqueront. N’oubliez pas de leurs expliquer ces symboliques et ces coutumes qui, dans un monde tendant à s’uniformiser, les ancreront dans l’atmosphère de Calèna.  Une ambiance particulière faite de rituels qu’ils souhaiteront transmettre par la suite à leurs enfants.

Calèna, un nom particulier
Noël se dit « Calèna » en nissart, un nom qui  remonte au mot latin calenda, (calendes). Il se distingue des autres racines lexicales que l’on trouve en France en ne provenant pas de la racine Nativité, qui a donné Noël. Dans le calendrier romain, les calendes étaient le premier jour du mois.  Le 25 décembre correspondait au premier jour de ce même mois, d’où l’appellation.
En l’an 337, le pape Jule Ier choisit la date du 25 décembre pour célébrer la naissance du Christ. Les rites chrétiens se généraliseront au VIIème siècle à Nice et en Provence.
Fête profondément chrétienne, Noël dans le Comté de Nice garde pour autant des réminiscences de croyances païennes. Certaines familles laissent par exemples les miettes du repas pour nourrir les « petites âmes » le soir du réveillon. Pour certain, Calèna recouvre d’ailleurs un ancien rite païen lié au cycle solaire naturel : le passage de la vie à la mort.

Préparer votre table
Représentation minimaliste de la nativité, la crèche nissarda est moins fournie, moins spectaculaire qu’en Provence. Elle se compose simplement des personnages principaux, la plupart du temps en bois ou en cire. Composée de l’Enfant Jésus, de Joseph, de Marie, du bœuf et de l’âne. Autrefois, la coutume était de la laisser à l’année ans les foyers, protégée par un globe de verre.
Dans le Comté, Lou tèmp de Calèna se prépare dès la Sainte Barbe, le 4 décembre. Après un grand nettoyage de la maison, on fait germer des graines de lentilles et de blé dans du coton. Ce symbole de prospérité sera disposé sur la table du réveillon le soir du 24 décembre.
Dressez votre table avec trois nappes de taille décroissante : une pour le 24 au soir, une pour le midi suivant et la dernière pour la soirée du 25.
Ce sont les trois nappes de la Sainte Trinité sur lesquelles il  faudra ensuite déposer trois bougies ainsi qu’un branche de houx (pas de gui, il est censé porter malheur).
Composante essentielle d’une tradition qui continue de se perpétuer jusqu’à nos jours, il est important de laisser une place et un couvert pour « lou paure ». Un mot qui signifie « le pauvre » mais aussi le « mort ».  La chaise vide rappelle le souvenir des défunts avec qui l’on avait fêté Noël autrefois. Elle peut aussi accueillir le mendiant qui passe et demande l’aumône ou pourquoi pas une connaissances que l’on ne saurait laisser passer Noël dans la solitude. En fait, la part du « paure » est une survivance de la manne que les Romains offraient à leurs ancêtres.

Lou cacha-fuèc e lou gros soupà
Au soir du 24 décembre avant de diner, une tradition nissarda veut que l’on éteigne le feu dans la cheminée.  L’ainé de la famille donne  un tison au plus jeune afin qu’il rallume un feu nouveau sur les cendre du feu ancien. Cela se fait à l’aide d’une buche de bois fruitier (de l’olivier pour la plupart du temps).  Lou cacha-fuèc est devenu synonyme avec le temps de réveillon en nissart. Toute la famille asperge ensuite les flammes de quelques gouttes de vin en faisant le vœu d’être encore tous ensemble l’année qui vient. Chacun son tour, on prononce la phrase suivante : « A l’an que ven, se sian pas mai que noun siguen de mens » (A l’année prochaine, si nous ne sommes pas plus que nous ne soyons pas moins).
Vient alors le moment de passer à table.
Ce soir là on fait un repas maigre, composé de poisson et de légumes : c’est lou gros soupà. En général on cuisine de la morue et des ravioli aux herbes. Les côtes de blettes accompagnées d’anchoïade trônent également sur beaucoup de tables niçoises. Si vous le pouvez, prévoyez sept plats maigres. Le fait qu’ils soient « maigres » n’est pas synonyme de privation ! On ne doit pas servir de viandes pour lou gros soupà mais tout le reste est autorisé. Pourquoi ne pas moderniser la tradition pour profiter des huîtres, des fruits de mer et du poisson pour le réveillon ? Que les inquiets se rassurent : vous pourrez manger jusqu’à satiété.

Les treize desserts
Avant de se rendre à la messe de minuit, on n’oubliera pas de relever les coins des trois nappes afin que les « diablotins » ne viennent pas dévorer les treize desserts que l’on disposera préalablement sur la table.
Les treize desserts (représentant le Christ accompagné de ses apôtres) seront dégustés au retour de la messe.
S’ils varient selon les villages, voici ceux que l’on trouve généralement dans le Comté de Nice: de la tourte de blette, de la fougasse à la fleur d’oranger, le gibassié (ou pompe à huile qu’il faut rompre pour ne pas être ruiné dans l’année), la pâte de coing, les tartes aux noix ou à la confiture, le nougat blanc, le nougat noir, les dattes, les fruits confits, les fruits secs, les mandarines et les oranges (dont l’odeur agréable rappelle les souvenir des Noël précédents). Les poires au vin, les pommes et enfin les raisins de Saint Jeannet mis en conserve depuis septembre. Le tout arrosé de vin cuit.
Le lendemain, le déjeuner laissera la place belle aux viandes de toute sorte: en général du boudin et de l’agneau. Le soir du 25 décembre, on finira les restes sur la troisième et dernière nappe.

(Gif. from Nissart.info)

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3 réflexions sur “Fêter en famille le Noël traditionnel nissart !

  1. Bravo pour cet article à propos de Noël qui retrace bien l’histoire de cette fête plus que quadri-millénaire. Une petite remarque à propos de la dénomination de cette soirée: le mot « réveillon » n’est pas approprié au soir de « Calèna », car il a une connotation commerciale et de bombances sans limites. je lui préfère le terme de « veillée » qui me semble plus approprié. Il est vrai que la société marchande a tout fait pour remplacer l’un par l’autre, particulièrement au travers de ses médias.
    Vous avez bien fait d’expliquer qu’il s’agit d’une fête païenne à l’origine (comme pratiquement toutes les fêtes de l’église catholique qui, pour pouvoir s’implanter en Europe a du faire son « aggiornamento » en s’appropriant les lieux de cultes et les fêtes païennes pré-existantes. Le Catholicisme a même pratiqué une « révolution structurelle » en rompant avec le judéo-christianisme originel et en faisant de Rome son centre spirituel à la place de Jérusalem.
    Noël correspond au solstice d’hiver, fêté depuis la nuit des temps chez nous et symbolise une étape du cycle solaire (la nuit la plus longue lors de laquelle un soleil meurt et une autre soleil va renaitre pour atteindre son apogée au solstice d’été. de là, vient, également la tradition de récupérer un « brandon » du feu de la Saint jean (Solstice d’été) pour allumer le « caha-fuèc » à Noël: ainsi le cycle des saisons se perpétuait. C’est, d’ailleurs, pourquoi, pour certains, ce soir là est le passage d’une année à une autre. De la même façon, le sapin de Noël est une surcvivance païenne: l’arbre de vie que l’on trouvait dans toutes cultures de l’Europe anté-chrétienne. Vous avez signalé les trois bougies de la sainte trinité, mais il faut savoir que cette spécificité de la religion catholique (la Sainte Trinité n’existait pas dans le judéo-christianisme des origines) vient également de la structure tri-fonctionnelle des sociétés Indo-Européennes tant dans le domaine social que religieux. D’ailleurs, pour certains, dont je suis, nous allumons ces trois bougies (bleue, rouge et verte) pour célébrer la lignée de la famille et de la communauté: la bougie bleue pour les parents et amis qui sont loin de nous ce soir là et auxquelles nous pensons (et qui sont ainsi présents parmi nous par l’esprit), la bougie rouge, couleur du sang et de la fidélité pour les parents et amis qui sont morts et auxquels nous pensons (eux aussi présents ainsi) et la troisième bougie verte, symbole de l’espérance, pour les enfants à venir dans la famille et dans la communauté (qui perpétueront nos traditions).
    Cela dit, c’est un très bel article qu’il faut diffuser dans les familles et la communauté nissarde.

    Vi auguri una bouona Calèna et un bouon cap d’an !

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